Interviuri

Ministrul Titus Corlăţean, Invitatul dimineţii la RFI

Vorbitor: 
Titus Corlăţean, ministrul afacerilor externe
Data: 
04.10.2013
Autor: 
RFI


« Nous voulons privilégier le dialogue politique et diplomatique avec la France puisque c'est un objectif légitime. Nous avons un partenariat stratégique. »

Titus Corlatean, ministre roumain des Affaires étrangères est l'Invité matin de RFI. Interrogé en duplex de Bucarest par Frédéric Rivière, il aborde la question de l'intégration des Roms qui fait l'objet d'une vive polémique en France.


Frédéric RIVIÈRE - Bonjour Monsieur le ministre.

Titus CORLĂŢEAN - Bonjour.


Frédéric RIVIÈRE - Le Président François Hollande a tenté avant-hier, mercredi, en Conseil des ministres de mettre fin aux disputes entre ministres sur la question des Roms. Les prochains jours nous diront s'il y est parvenu. Comment, à Bucarest, avez-vous vécu, en tant que ministre des Affaires étrangères, toute cette polémique ?

Titus CORLĂŢEAN - C'est une polémique interne à la France, très probablement avant les élections municipales en France. Bien sûr, je ne vais pas faire de commentaires sur cette polémique. En revanche nous étions assez déçus, pour vous dire en toute franchise, du fait que, malheureusement, la substance exceptionnelle de notre partenariat stratégique bilatéral entre la France et la Roumanie et la coopération politique, économique, culturelle sont mises au second plan par rapport à ce sujet de politique intérieure française.

La question de la coopération politique, économique, culturelle avec la France est un objectif essentiel pour la Roumanie. D'un autre côté, l'adhésion à l'espace Schengen pour la Roumanie reste un objectif légitime. Mon pays remplit les critères techniques objectifs.


Frédéric RIVIÈRE - Nous reviendrons sur cet aspect des choses. J'ai bien compris que vous ne vouliez pas commenter une polémique interne mais est-ce que tout de même la tournure des débats, la teneur des propos ont blessé en Roumanie ?

Titus CORLĂŢEAN - Je vous ai dit que nous étions déçus à Bucarest. Il y a tout un mélange, une confusion de thèmes qui sont séparés, tout à fait séparés.

Il n'y a aucun lien entre l'adhésion à l'espace Schengen qui peut garantir une sécurisation des frontières par rapport à l'immigration illégale extérieure à l'Union européenne et la question du dossier Roms et éventuellement le mécanisme de coopération, régulation, justice avec la Roumanie.

Ce sont deux choses tout à fait différentes et cette confusion, basée sur des intérêts politiques internes préélectoraux, touche les intérêts de mon pays.


​Frédéric RIVIÈRE - Vous avez vraiment le sentiment aujourd'hui que la question Roms est instrumentalisée dans la perspective des élections municipales en France en mars prochain ?

Titus CORLĂŢEAN - Ecoutez, il y a deux ou trois choses. D'abord, la question de l'inclusion sociale reste toujours une priorité, une nécessité. Expulser des ressortissants européens ne constitue pas une solution. C'est la raison pour laquelle nous avions établi avec nos collègues français un mécanisme de coopération, y compris au niveau européen, pour faire agir les mécanismes pour l'inclusion sociale.

D'un autre côté, s'il existe des éléments de criminalité, il faut coopérer. C'est pourquoi la coopération est extrêmement positive entre le parquet de Paris et le parquet de Bucarest. Il y a une coopération policière et nous sommes disposés à voir un nombre supplémentaire de policiers à Paris pour combattre la criminalité. Mais cette criminalité représente une minorité. La plupart des ressortissants roumains sont très bien intégrés dans la société française depuis des années.


Frédéric RIVIÈRE - Le ministre français de l'Intérieur, Manuel Valls, a dit : « Une grande majorité de Roms en France ne veulent pas s'intégrer », ce qui a marqué le début de la polémique. Que pensez-vous de ces propos ?

Titus CORLĂŢEAN - Je crois que les gens ont intérêt à s'intégrer. Ils ont intérêt à avoir un lieu de travail, un niveau d'éducation, ce qui signifie intégration, inclusion sociale.

C'est d'ailleurs la raison pour laquelle nous avons signé un accord avec l'Office français de l'immigration. M. Valls est venu à Bucarest et nous avons établi un mécanisme de coopération. Il faut le mettre en application.

Moi, j'ai entendu plusieurs fois des hommes politiques français dire : « Des milliards d'euros sont alloués à la Roumanie pour l'intégration des Roms. »


Frédéric RIVIÈRE - Cela a été dit à plusieurs reprises en effet. C'est faux ?

Titus CORLĂŢEAN - C'est une grave erreur. Dans le cycle financier 2007-2013 de l'Union européenne, la France bénéficie d'un budget de 4,4 md€ tandis que la Roumanie ne bénéficie que de 500 M€. Nous utilisons ce budget, qui n'est pas alloué uniquement pour les Roms, pour l'inclusion sociale mais il y a donc une grosse différence d'allocation du budget  européen. En outre, il faut travailler en toute honnêteté et dans un esprit correct à cette coopération qui est nécessaire. Encore une fois, on ne peut pas régler le problème uniquement par les expulsions. Ce n'est pas acceptable.


Frédéric RIVIÈRE - Revenons un instant à Schengen car on sent bien que ce sujet vous préoccupe beaucoup. En juillet dernier, le Premier ministre français, Jean-Marc Ayrault, s'était prononcé pour « l'entrée immédiate » de la Roumanie et la Bulgarie dans l'espace aérien Schengen. Il y est désormais opposé, tout comme François Hollande. Comment expliquez-vous ce changement de position ?

Titus CORLĂŢEAN - Tout d'abord il faut mentionner une chose très importante : pour adhérer à l'espace Schengen, il existe des critères techniques objectifs que la Roumanie remplit sur la base des évaluations et des conclusions de la Commission européenne entérinées par le Conseil au mois de juin 2011. La Roumanie remplit donc ces critères.

D'un autre côté on a ajouté des soi-disant critères qui sont politiques, qui ne sont pas valables pour adhérer à l'espace Schengen et qui empêchent la Roumanie d'adhérer à cet espace. C'est une question artificielle. C'est une question de confusion entre deux dossiers différents. La Roumanie a investi plus de 1 md€ pour avoir la plus haute technologie en la matière à nos frontières. En outre, il s'agit d'une entreprise européenne dont la France et l'Allemagne sont les grands investisseurs. Ils connaissent donc très bien le niveau de sécurisation assuré par la partie roumaine. C'est la raison pour laquelle nous ne pouvons pas comprendre pourquoi on mélange les choses.


Frédéric RIVIÈRE - Si l'entrée dans Schengen vous était refusée, vous avez l'intention d'entreprendre des recours, auprès de la Commission par exemple, pour faire valoir vos droits ?

Titus CORLĂŢEAN - Nous voulons privilégier le dialogue politique et diplomatique puisque c'est un objectif légitime. Nous avons un partenariat stratégique avec la France. D'ailleurs, pour votre information, la feuille de route du partenariat stratégique franco-roumain qui a été signé il y a quelques mois au niveau des deux gouvernements inclut explicitement, au chapitre 1, paragraphe 3, le soutien aux efforts de la Roumanie en vue de rejoindre l'espace Schengen. On fait donc référence à un accord qui existe des deux côtés et il faut travailler pour le mettre en application.

 

Frédéric RIVIÈRE - En un mot, Monsieur le ministre, par oui ou par non, la relation d'amitié franco-roumaine est-elle mise à mal aujourd'hui ? Très rapidement. Vraiment en quelques secondes.

Titus CORLĂŢEAN - Bon, il y a des risques mais, pour la Roumanie, le partenariat stratégique avec la France reste très, très important.


​Frédéric RIVIÈRE - Merci Titus Corlatean, ministre roumain des Affaires étrangères. Merci. Bonne journée.
 


 

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